Exposition Japon Text’îles « Un voyage sur le fil »

Exposition Japon Text’île(s)
Un voyage sur le fil

 

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J’ai déjà parlé des expositions « Japon Text’île(s) » dans cet article, mais la plus importante est celle prenant place au Musée départemental du Textile à Labastide-Rouairoux. Ana Berger y expose une grande partie de sa collection de tissus selon leurs âges, matières, origines et usages.

La démarche de Ana Berger

Ana fait des voyages régulièrement au Japon afin de rencontrer les tisseuses et maîtres teinturiers régionaux. Elle fait partie des personnes qui veulent connaître la véritable valeur de ce qu’elle a dans les mains, et n’hésite pas à mettre la main à la pâte en tissant elle-même des fibres de bananier ou en travaillant les teintures avec des créateurs dans des villages reculés. Elle connaît tout l’investissement que demande la création d’une étoffe, et parcourt le pays à la recherche de ces savoirs liés aux teintures et aux fibres. Elle cherche avant tout la rencontre, le partage et la transmission de savoirs séculaires.

Plus que la collection d’étoffes, Ana collectionne les savoirs et le patrimoine culturel qui y sont liés. Elle s’en sert pour restaurer d’anciennes pièces telles que des Boros, Kimonos ou Kesas, et créé ses propres vêtements à partir de textiles anciens ou contemporains.

L’exposition « Un voyage sur le fil »

Ana lie très intimement les textiles anciens et les créations contemporaines, développant également ses contacts avec des créateurs qui s’inspirent des tissus japonais traditionnels.

Cette exposition permet de toucher du doigt le caractère intemporel du savoir-faire japonais en matière de textile.

Les différents « fils » à travers les âges

Le premier étage de l’exposition est consacré à des pièces restaurées et soigneusement conservées venant de tout le Japon. Elle insiste sur le caractère local de chaque tissu et sur ses vertus. Ainsi que sur la teinture et les différents motifs représentés.

La soie (Kinu) est sûrement la première matière à laquelle on pense lorsqu’on parle de kimonos. Pourtant, ce n’est pas la première matière à avoir été utilisée pour réaliser ces vêtements. La soie est arrivée tardivement dans la culture japonaise, lors de ses échanges avec la Chine, et jusqu’au début du 20ème siècle la soie était réservée à l’habillement de luxe. Elle se décline sous plusieurs formes selon sa qualité et le traitement qu’on lui applique, notamment l’organza de soie et le tsumugi (soie plus épaisse).


Le chanvre (Taima) a été la plante textile majeure du Japon avec la ramie. On en trouve des traces dès 15 000 av JC. Il est souvent associé aux pauvres de part sa texture rugueuse et sa faible valeur, alors qu’il a, à l’origine, une signification divine dans le Shintoïsme. Ce tissu n’étant pas très chaud, on y appliquait souvent des points de sashiko (broderie japonaise) ou des lambeaux de vêtements en coton pour apporter un peu de douceur et de chaleur à l’habit.

La ramie (Choma) fut aussi répandue que le chanvre, notamment dans les régions chaudes. Elle donne un effet de fraîcheur au corps, est extrêmement résistante, imputrescible et absorbe parfaitement les teintures. Par ailleurs, elle est souvent tissée en fibres plus fines que le chanvre et est lustrée, ce qui lui donne un côté moins rustique et plus noble.


Le coton (Momen) n’est apparu que tardivement au Japon (au 15ème siècle), et il n’a servi aux habits du peuple qu’à la fin du 18ème siècle. Plus chaud et plus doux, il est devenu commun durant l’ère Meiji (1868-1912). Il a notamment servi à créer des Boros – sortes de patchworks en coton permettant de conserver la chaleur.


La glycine (Fuji) est une plante répandue au Japon que les habitants utilisaient en fibres épaisses pour créer des nattes, des sacs et des manteaux de campagne très rustiques.


Le tilleul (Shina) a été utilisé jusqu’au milieu des années 20 pour faire des habits extrêmement rudes, puis la fibre a été employée pour fabriquer des moustiquaires et des filets de pêche.

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Le papier recyclé (Shifu) est une matière atypique pour fabriquer des étoffes. Pourtant, depuis le 7ème siècle les japonais se servent d’anciens registres de comptes ou de papiers recouverts de calligraphies pour en faire une fibre susceptible d’être tissée.


Le bananier (Basho) est utilisé dans les régions tropicales (Okinawa) pour fabriquer des kimonos raides qui ne collent pas à la peau. Les pièces anciennes sont difficiles à trouver à cause de la guerre qui a détruit une grande partie des biens d’Okinawa.


Les tisseurs contemporains

Outre une collection de textiles anciens impressionnante, Ana Berger a également ramené de nombreuses étoffes de ses voyages. Traversant le pays à la recherche de tisseuses et de créateurs, elle apprend à leurs côtés les techniques du tissage et de la teinture, et rapporte des étoffes de ses séjours.

Ana a l’habitude de travailler avec des tisseuses de façon récurrente. Notamment celles qui travaillent au Teshigoto Center, atelier créé par Yukiko Tsujiguchi dans le but de former d’autres tisseuses. Sawako Uwamori et Yayoi Takaichi font également partie de cet atelier et sont en contact régulier avec Ana. Elles travaillent le motif du Minsa et font perdurer la tradition ancestral du lavage de tissus dans la mangrove. Cette pratique est censée donner de l’éclat aux couleurs des fibres.

 


Avis personnel

J’ai une véritable tendresse pour cette femme avec qui j’ai partagé des moments privilégiés. Elle est pétillante, chaleureuse, toujours débordée mais toujours abordable. Malgré son emploi du temps chargé, elle m’écrit régulièrement et est toujours pleine de bons conseils. J’ai eu la chance de la rencontrer lors de l’installation de l’exposition et j’ai beaucoup apprécié de l’aider à mettre en place la collection contemporaine. Comme d’habitude, ce n’était pas prévu et je n’étais pas vraiment équipée pour, mais j’ai trouvé l’expérience très intéressante, que ce soit humainement ou culturellement. J’ai pu en apprendre davantage sur l’histoire de chaque étoffe et j’ai eu l’honneur de participer à leur sélection. J’ai eu entre les mains des créations et des étoffes d’une valeur inestimable, si bien que j’avais peur de les abîmer rien qu’en les touchant, surtout en sachant à quel point Ana les aime. Elle m’a invitée dans son cercle d’amis malgré mon jeune âge et mon ignorance, et j’ai eu la chance de rencontrer des artistes venant d’autres pays.

C’était vraiment une belle rencontre, et je ferai tout mon possible pour voir Ana autant que possible lorsqu’elle est en France (c’est-à-dire peu souvent !). C’est pour ce genre de rencontres que je traverse le département et le pays, c’est pour rencontrer des gens passionnés par ce qu’ils font et par le Japon, quel que soit leur domaine de prédilection. Que ce soit la mode, la musique, la danse, la peinture, tant que c’est fait avec passion j’estime que ça vaut le déplacement.

Je remercie encore énormément Ana de m’avoir ouvert la porte de son monde et d’avoir pris le temps de partager un peu de sa passion avec moi.


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